Archives de catégorie : Leg de grand-mère

Entre tradition et transmission…

Onguent en devenir

La première neige et le vent du nord sont arrivés, j’ai rentré les dernières carottes du jardin, trié les graines de fenouil séchées, les ai mis en pots et j’ai préparé l’onguent à la consoude, au millepertuis et au souci.

J’apprécie de nouveau la soupe chaude qui mijote et embaume la maisonnée. Tous ces gestes simples qui sont posés depuis des siècles et des siècles et transportent tant de sagesse et de savoir. Chaque fois que je les exécute, je me sens messagère d’une longue lignée. Voilà pourquoi, j’aime tant cultiver et récolter les herbes qui vont nous soigner tout au long de l’année ou préparer un onguent venu d’un ancien savoir, parce que c’est plus grand que moi, c’est le fruit d’une tradition qui a demandé de la passation. C’est un héritage qui me vient de loin et de ce fait, je ressens de la fierté à perpétuer ces gestes, à poursuivre un travail  nourri de millénaires d’expérimentation.

Cela explique aussi pourquoi j’aime tant les rituels, autant ceux qui existent que ceux que l’on réinvente. J’aime m’agenouiller pour prier, j’aime communier avec ce quelque chose qui me dépasse, mais qui ne m’est pas étranger (1), j’aime chanter des hymnes et me laisser prendre par la beauté des chants dans une vieille église plus que centenaire. J’aime les fêtes de Noël, pour le rassemblement, la fabrication de biscuits au gingembre qui nous tisse encore plus serré, le partage et la tradition, même si ma tourtière est sans gluten et végétarienne. J’aime la fête des pères, des mères, Pâques, etcétéra, parce que c’est encore et toujours l’intention qui compte et que j’aime offrir et manger du délicieux chocolat avec les tous petits.

  • Dernièrement, j’ai célébré un mariage, je me suis mise au service d’un magnifique couple qui souhaitait donner du sens et du « spirit » à leur engagement. Nous avons concocté ensemble un rituel poétique, porteur de traditions ancrées dans la modernité et le passé. Une cérémonie empreinte de présence où l’on retrouvait, à la fois des gestes qui ont traversé le temps et d’autres que l’on réinvente et qui ouvre de nouveaux chemins, dont :
  • Le rituel des mains liées qui nous vient des celtes;
  • Les promesses et engagements venues droit du cœur et prononcés devant la famille et les amis. Toutes ces personnes qui deviennent par le fait même, les gardiens et témoins les de cette union;
  • L’échange des anneaux, pour symboliser le cercle qui n’a pas de fin et dont la source remonte à l’ancienne Égypte, où l’on croyait que l’annulaire et le cœur était relié par une veine, la « vena amoris », la veine d’amour.
  • Les intentions de toute la communauté, inscrites une à une sur de jolis galets. Le dessein étant que nos amoureux engrangent et se remémorent tous les vœux de cette journée bénie, quand viendront les jours de tempête.

Bref, depuis quelques temps, je me promène avec une conscience plus aiguisée entre ce qui nous vient de nos ancêtres et ce que je souhaite léguer à ceux qui suivent.

Ainsi, l’âge que j’ai, le fait que je sois grand-mère et à un moment de ma vie où je suis le pont entre les anciens et la relève, tout cela contribue à ce que je me sente de plus en plus dans un élan de passation et de véritable affection pour les petits et les grands.

De g à d. moi, mon père, ma mère, Lyette, Jacques et Daniel

Je me surprends devant les photos de mon enfance à rire de cette petite déjà si déterminée que j’ai été et à regarder le tout avec une immense tendresse. Je ne ressens presque plus de ressentiment ou de réminiscence devant les blessures d’enfance, que de plus en plus d’amour et de reconnaissance pour tous ceux qui m’ont entouré. Qui a dit que l’on devenait véritablement adulte lorsque l’on était guéri de son enfance, j’y souscris.

Ainsi, après avoir œuvré à faire la paix avec mon histoire, avec l’héritage et la lignée dont je suis issue, après avoir pris soin de dépoussiérer, d’assainir et de polir ce qui devait l’être, me voici attentive aux legs que je veux laisser. Une terre, un coin de jardin, une parole, des gestes, qui soient de plus en plus fécondé de joie, de magie, de bonté, de bienveillance, de justice, de beauté et surtout, surtout d’amour. Comme un souffle léger et doux qui agit et rejoint toutes les manifestations d’amour présentes en ce monde. Je ne dis pas que ce soit facile ou que j’y arrive, mais c’est ce qui m’habite…

Manon Rousseau / 23 novembre 2019

 

  1. Source: Éric Emmanuel Smith

 

 

Chemin de célébration!

«Il le faut avouer, l’amour est un grand maître. Ce qu’on ne sut jamais, il nous enseigne à l’être». Molière.

Depuis quelques semaines déjà, mon amoureux et moi parlons et anticipons, qu’à la mi-mars, nous célèbrerons nos 40 ans d’histoires communes, de notre rencontre à aujourd’hui. C’est touchant 40 ans, c’est aussi vertigineux, tant de le vivre que de l’assumer et de mettre des années sur les expériences d’amour et de désamour vécues ensemble. Continuer la lecture

Moi aussi, me too, yo también, ich auch, etcétéra!

En français, en anglais, en espagnol, en allemand ou en arabe, peu importe dans quelle langue c’est dit, VOILÀ C’EST DIT! La vérité vous rendra libre, dit le proverbe, c’est vrai, je l’ai lu et vu dans les médias et dans les yeux des femmes et des hommes qui se sont tenues debout cette semaine et dans ceux et celles qui se sont mises à parler. Continuer la lecture

Il y a longtemps que tu m’aimes, jamais je ne l’oublierai!

C’est la fête des pères, je lis des textes qui célèbrent les papas partis, dans l’invisible et le visible, des papas pas là, des papas poules et toutes sortes d’autres papas. Tout ce temps je te porte, me sentant privilégier et heureuse de te savoir bien là du haut de tes quelques 82 ans… Me vient le goût de t’hommager un peu de ton vivant, car combien vivant tu es…

Mon père Saguenayen, comme son pays, plus grand que nature. Un rire et une voix aussi forte et puissante qu’un torrent de rivière, un cœur de guimauve, longtemps caché par des années d’hommes forts comme on vous forgeait à une autre époque. Des compliments si beaux et des envolées si bien déclamées que souvent reines et rois avec toi nous nous sommes sentis. Du beurre, des cretons à pelleter, de la tourtière et des patates, sans oublier de la crème dans ton café pis ben d’la crème glacée… Et pourtant encore une santé et une fougue de jeunesse qui t’habite et te tient debout, droit comme un chêne.

De toi, je me suis sentie aimée, vue, reconnue et cela m’a porté et me porte encore. Mon audace, mon courage, ma capacité à être ce que je suis est tributaire de cet amour. Tes imperfections assumées m’ont données droit aux miennes. Si je suis une communicatrice, une rassembleuse qui croit à la force et à l’intelligence du groupe, c’est en bonne partie de ton héritage. C’est du Rousseau tout craché, de Gaston en passant par Bertrand, Louisette, les 3 tartines et Jacques, l’ainé du clan, mon père. Homme de fête et de famille, grand séducteur devant l’éternel, j’aurai été une des premières conquises. 

Homme de clan,  de bonnes chères et de rassemblement, homme tendre au cœur aimant, homme de grands espaces, de grands gestes et de grands talents, homme fier et reconnaissant. Premier homme de ma vie, encore aujourd’hui de toi je me sens chéri. Mon père bien aimé, il y a longtemps que l’on s’aime et c’est de toute éternité!

Manon Rousseau / Juin 2017