Cent fois sur le métier…

Ma petite fille vit une crise et cette crise est une opportunité d’éveil et de prise de conscience pour elle et pour nous tous qui l’aimons. Elle permet, comme tout moment de passage de mettre en lumière ce qui était dans l’ombre. Et quel passage que l’adolescence, ce temps où nous devons émerger
du cocon, laisser place à notre créativité, à notre essence, trouver notre voie, tout cela dans un bouillonnement hormonal inégalé.

Comme tout moment de crise, cela éveille et permet des prises de conscience magnifiques et nécessaires, tout en réveillant nos propres peurs et inquiétudes, faisant apparaître ce qui doit être guéri, apaisé, développé pour chacun de nous. Pour moi, cette crise éveille de nouveau une vieille peur que nous restions prisonniers de nos détresses, que nous n’arrivions pas à nous extirper de nos manques, peurs, prisons intérieures et tralala pouet pouet pour naître à notre lumière et à notre beauté. Lorsque cette vieille peur réapparaît, la sauveuse se pointe aussitôt et je me mets en action pour que tout aille bien, pour que personne ne souffre, moi compris, me prenant encore les pieds dans l’illusion que je détiens le contrôle et que si je fais pour le mieux, tout s’arrangera.

Pourtant, cent fois sur le métier j’ai remis cet ouvrage, le thème de la responsabilité et de la sauveuse étant l’un de mes thème de prédilection cette fois-ci. J’ai passé une bonne partie de ma vie à dépasser mes limites pour aider, soutenir, accompagner parfois au péril de ma santé physique et mentale. Je ne suis pas travailleuse sociale, herboriste et guérisseuse par hasard. Cependant, à force d’aller-retours, j’en suis arrivé à ressentir plus souvent qu’autrement que tout est OK, à m’infuser de confiance et de sécurité, à croire que j’ai semé les bonnes graines et que la récolte sera abondante et surtout à faire confiance à ceux que j’aime.

Cependant lorsque la peur revient, le sentiment de vouloir contrôler pour éviter le pire revient avec.  Vieux réflexe de mère ou Cent fois sur le métierde père, c’est selon, car vouloir protéger, «sauver» ceux que nous aimons n’est pas l’apanage des femmes. Ainsi, lorsqu’il m’arrive de me prendre pour Dieu, pour le sauveur du monde, mes interventions sont la plupart du temps désajustées, émotives, j’ai des attentes, je voudrais des changements rapides. Bref, lorsque je veux éviter la souffrance (comme si c’était une option, une possibilité), il me faut respirer par le nez, tournez ma langue sept fois avant de parler et récitez au moins trois Avé!

J’ai à apprendre encore et encore à demeurer dans le plaisir et la confiance, à habiter la joie et délaisser les obligations et à apporter mon aide et ma contribution seulement lorsqu’elle est demandée, sans l’imposer. L’objectif ultime, est de laisser ceux que j’aime se faire des bleus, tomber, toucher l’inconfort et le fond si nécessaire, sans intérieurement me mettre en action, ayant développé, l’intime conviction qu’ils sauront se relever.

Cette quête est un long processus qui me demande sans cesse du Cent fois sur le métierréajustement. Je ne sais plus où j’ai pris cette allégorie qui dit qu’une navette spatiale ne change jamais de trajectoire, cependant, elle ajuste continuellement le cap pour maintenir sa position. Pour Tintin, c’était objectif lune, pour moi c’est objectif confiance et/ou détachement. Probablement détachement en passant par la confiance.

Ressentir que tout est parfait tout le temps, relaxer dans cette sensation, laisser à chacun ce qui lui appartient, même et surtout lorsque je vois certains comportements qui mènent à la maladie, à la dépendance, à la souffrance et croire que tout cela fait aussi partie du processus. Et au final, me rappeler sans cesse que la confiance et l’amour sont les plus grandes interventions qui soient.

En contrôlant pour que tout aille bien, dans l’illusion que tous ceux que j’aime soient heureux, je me fatigue et limite ma propre expansion. Durant le temps que je mets à sauver le monde, je garde en moi le cadeau que j’ai à lui offrir, nourrissant ainsi ma plus grande peur, celle que je ne puisse offrir ma propre lumière.

Manon Rousseau / mars 2016

3 réflexions sur « Cent fois sur le métier… »

  1. Julie Portelance

    Ton texte me touche Manon. Particulièrement, car il y a deux ans exactement, j’étais complètement dans le même état. De par tes mots si sensés, tu m’as ouvert un chemin et sur cette route, je m’y sens de plus en plus à l’aise. Plutôt que de sauter dans le lac, je reste sur le bord de la rive à regarder et à adopter un sentiment de confiance en la personne qui nage,en ses capacités à se sortir de l’eau par elle-même. Avant, je sautais dans l’eau au premier éclaboussement… j’ai failli m’y noyer plusieurs fois et j’ai épuisé mes forces trop souvent. Ce texte me ramène à ça. Merci

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  2. Denise TREMBLAY

    Les vérités que j’ai lues dans ton texte m’ont fait sourire
    J’ai revu mes inquiétudes du temps de mes enfants adolescents
    La confiance, patiente et guidante. La sagesse de grands parents présents tels que vous ne peut être que bonne.
    Un jour ma belle nièce Nori qui était une fan de Star War à 8 ans avait dit à un de mes gars:  » Ne sombres pas dans le côté obscure, reste dans la force »
    Il y a tellement d’amour dans votre famille
    La confiance, la force, l’amour: la recette est complète, reste qu’à regarder s’élever

    xxxxx

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  3. france amala

    Chère Manon Je vois a nouveau combien l’on se ressemble
    la sauveuse je connais très bien
    j’en ai même fait une profession..infirmière psychiatrique
    Puis quelqu’un m’a fait réaliser qu’au fond vouloir sauver l’autre c’est un manque de confiance en ses capacités à se sauver lui-même… ça m’a secoué
    puis quand j’ai contemplé la dynamique du triangle victime bourreau sauveur Ça m’a jettée par terre
     »la victime qui en a marre devient bourreau ,
    le bourreau se sent coupable et veut expier en sauvant ,
    puis le sauveur épuisé redevient victime et ça tourne en rond indéfiniment »
    il me reste maintenant à me relever
    oui amour et confiance sont les seules avenues pour revenir au centre de soi
    merci manon pour ce beau texte

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