D’invisible à invincible!

« Le sage n’est qu’un enfant qui a mal d’avoir grandi » Vincenzo Cardarelli

Man enfant319312 ans, je me sens invisible, je voudrais apparaître, mais je ne sais pas comment, je ne sais pas qui je suis, je sais seulement ce que je ne suis pas et ce que je voudrais être et la plupart du temps, ce n’est pas moi. Je veux être reliée, je ne sais pas à quoi, ni à qui, mais c’est une urgence, je le sens. « La maladie de l’adolescence est de ne pas savoir ce que l’on veut mais de le vouloir à tout prix » Philippe Sollers

Aujourd’hui, avec plus de quarante quelques années de recul, je suis en mesure de comprendre l’urgence que j’avais de me relier, car c’est en grande partie par l’amitié, l’amour de quelques personnes vraiment importantes, que je me suis mise à apparaître, à être qui je suis. Leur amour m’a révélée à ce que j’étais, dans leurs yeux aimants je suis apparue, et petit à petit, les morceaux de ma vie ont commencé à se mettre en place.

17 ans, je me sens invincible, prête à conquérir le monde, je me sens forte, audacieuse et je sais ce que j’aime, du moins je le crois. J’aime spécialement les plantes et les simples, comme Maurice Mességué les appelle, ce grand herboriste, amoureux des plantes et de la terre. Je les17 ans
cueille et les cuisine depuis longtemps (2 ans en fait, mais à 17 ans, 2 ans c’est longtemps), je m’en fais des tisanes, des décoctions et autres potions et moi qui vient de la banlieue, je vis à la campagne sur une petite fermette et j’ai un jardin que je veux biologique. Pour se faire, je lis et expérimente sans arrêt et j’apprends, je suis assoiffée d’apprendre. C’est ainsi que j’ai fait un insecticide en passant au mélangeur les insectes qui exterminaient je ne sais plus lequel de mes légumes, en plus des jus d’ail et autres décoctions puissantes. Je vis avec ma meilleure amie, qui est aussi ma cousine, ainsi qu’avec quelques poules en liberté et un coq belliqueux, qui attaque toutes les voitures de nos visiteurs estomaqués. Malgré mes recherches, je n’ai pas trouvé de remèdes à cela. Je transforme tout ce que je cueille, parfois avec succès, d’autres fois beaucoup moins, j’ai mis la récolte de betteraves en pot pour l’hiver, mais sans les faire bouillir, une nuit, nous sommes réveillées par un vacarme assourdissant, des bruits d’explosion dans la cuisine. Ce sont mes pots de betterave qui éclatent, un à un dans l’armoire, le jus écarlate est partout et dégouline le long des armoires blanches, ce fût une longue nuit de nettoyage et de fous rire.

Entre 12 et 18 ans, six années d’enchantement et de désenchantement rythmés, sans que je ne le sache, par ce formidable bouillonnement d’hormones qui teintaient tout ce que j’ai vécu. Des hauts et des bas, des rires et des larmes, de l’amour à la haine, des cris et des grincements de dents. Il semble que rien ne soit tiède à l’adolescence et c’est pourquoi, je crois que nous recherchons tant la présence de nos pairs et tissons des cocons d’amitié si serrés. Qui d’autres peut mieux comprendre tout ce qui bouillonne et palpite en nous, si ce n’est ceux qui le vivent en simultané?

Aujourd’hui, je regarde ma petite fille de 12 ans, qui me dépasse de 3 pouces et qui est devenue une jeune fille depuis plus d’un an. Ses menstruations et les changements de son corps l’ont précipité dans cette formidable et houleuse aventure qu’est l’adolescence l’amenant à quitter tant bien que mal l’innocence de l’enfance… Nous nous apprivoisons dans ce changement de rôle, elle n’est plus une petite fille, du moins le croit-elle, et j’ai quelques deuils à faire comme grand-mère, puisque ses amies ont évidemment pris la première place… La vie tourne, nous ramenant sans cesse sur les mêmes rivages afin que nous complétions les passages, pour nous et ceux qui nous suivent.

cheminJe suis très reconnaissante d’avoir le privilège d’accompagner, dans mon réseau et ma vie professionnelle, des personnes qui traversent des chemins sur lesquels j’ai déjà marchés. Je peux ainsi les revisiter avec plus de distance, en donnant de l’attention à ce qui me touche ou revient m’émouvoir et par conséquent, guérir et compléter ce qui doit l’être pour poursuivre ma route plus sereinement. À plus de cinquante ans, j’ai fait la paix avec cette jeune adolescente intense et en quête que j’étais. Je vois bien que tout ce qui a germé dans ma vie; l’écriture, l’herboristerie, l’intervention, étaient déjà présents à cette époque où je me cherchais tant et j’ai de la compassion et de l’amour pour elle et pour toutes ceux et celles qui sont dans ma vie présentement et qui sont au cœur de cet orage hormonal. Même si nous ne pouvons vivre l’expérience à leur place, nous pouvons accompagner et offrir du mieux que nous le pouvons la compassion, l’écoute, l’accueil et la présence qui apaisent en période de crise, de tempête et de grands vents.

« Si vous voulez rendre vos enfants meilleurs, donnez-leur l’occasion d’entendre tout le bien que vous dites d’eux à autrui. » Haim Ginott

Pour conclure cet article, j’ai demandé à ma petite fille Océanne de m’écrire quelques lignes sur l’adolescence et voici ce que j’ai trouvé sur mon ordinateur. Bien sûr, elle a fait des recherches sur Internet, elle est de son époque, mais de tous les sites visités, voici ce qu’elle a conservé:Océanne

« L’adolescence est une étape à la fois douloureuse et indispensable.  Cette période, qui s’étend environ de douze à dix-huit ans, est faite de nombreux changements de comportement à la fois physique que mental. Afin de survivre à ce passage difficile, de nombreux adolescents font actuellement recours à des psychologues et d’autres remèdes. Dans certaines familles, cela peut s’avérer une période difficile. Pour d’autres, les changements sont plus subtils. Mais dans tous les cas, la chimie de la relation change. Que pouvons-nous faire nous les parents pour améliorer leurs relations avec leurs adolescents?

  • Aidez vos adolescents à croire en eux. Pour avoir confiance en eux montrer lui que vous lui faites entièrement confiance et que lui aussi peut vous faire confiance.
  • Reconnaissez leurs efforts. Rassurez-les en leur disant qu’ils ont les qualités que vous le soutenez.

Si des conflits surgissent avec votre adolescent :

  • Mettez l’accent sur le comportement et non sur la personne.
  • Réfléchissez à ce que vous allez dire et à la façon de comment vous allez le dire. Il faut que vos messages soient clairs.
  • Ne remettez pas en question la façon dont votre adolescent voit les choses. Exposez plutôt votre point de vue et vos opinions.
  • Ne rabaisser pas votre adolescent. Ne lui faites pas la morale. De toute façon, la plupart des adolescents n’écoute plus après la cinquième phrase.
  • Ne fixez pas de limites ni de conséquences que vous ne pouvez pas appliquer.

Je trouve cela vraiment charmant, mais aussi juste et parlant et je vois maintes similitudes entre ce que je vivais dans les années 70 et ce qu’elle vit et nous dit à travers cette liste de recommandations qui conjugue changements rapides, besoin de reconnaissance, de soutien, de reliance et de clarté. Je suis heureuse d’être au cœur d’une grande tribu, car à l’instar de ce proverbe africain, j’ai la certitude «qu’il faut un village pour faire grandir un enfant» et peut-être plus encore pour un adolescent…

Manon Rousseau et Océanne Barolet
Février 2015

 

3 réflexions sur « D’invisible à invincible! »

  1. Mélanie

    Très beau texte Manon!!! Toujours d’une grande pertinence!!! C’est aussi pour cette raison que ton regard est si juste à propos du travail que l’on fait à la maison des jeunes et au Centre.
    Merci de m’en faire bénéficier!

    Répondre
    1. Manon Rousseau Auteur de l’article

      Merci Mélanie, j’apprécie d’autant que tout au long de cette chronique, j’ai pensé à vous…

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