Le rythme juste!

« Nos blessures sont des fissures par lesquelles la lumière pénètre ».

Je ne sais qui est l’auteur de cette citation que j’entends bien souvent dans une superbe chanson de Leonard Cohen. Ce que je sais par contre, c’est que j’aime de plus en plus les fissures, les miennes et les vôtres et que cette citation fait écho et résonne en moi, nourrie de mes expériences.

Je l’expérimente de nouveau dans une période de retrait, de silence et d’écriture, initié par la fatigue et le besoin impérieux de me retirer dans mes terres. Il y a en Bouddhamoi une femme d’action, de projets à réaliser, de monde à réinventer qui côtoie une femme d’inspiration, une guérisseuse, éveilleuse, femme sage, profonde et tranquille, qui demande de plus en plus d’espace et davantage de temps. Je suis à chercher actuellement comment nourrir la première de la sagesse et de la profondeur de la seconde. Ce n’est pas que les parties s’opposent, loin s’en faut, mais c’est plutôt que le nombre de projets initiés et rêvés par chacune ne peuvent pas tous se déployer.

Pour la fougueuse bélier que je suis; signe d’action s’il en est un, taillé pour ouvrir des chemins, mettre en action, donner forme à tout; je finis par croire que toutes les graines doivent germées. Pourtant, la sagesse de jardinière acquise au fil du temps et des saisons m’enseigne que toutes les graines mises en terre ne viennent pas à maturité. À l’instar des semences, nos aspirations / inspirations ne peuvent toutes se déployer, une fraction des semences mises en terre donnent des fruits. Je tente depuis trop longtemps de donner forme à tout ce qui germe en moi. Épuisement assuré.

Aujourd’hui, j’ai peine à croire que j’ai pu conjuguer intervention, gestion d’une organisation, revitalisation d’un quartier, communauté de pratique et de savoir, herboristerie, jardinage, rituels, écriture, vie de femmes, de mère, d’amie, de grand-mère, de cuisinière, d’amoureuse et j’en passe? L’énergie et le feu de la jeunesse m’ont portés longtemps, mais pour la femme de plus de 50 ans que je suis, cette énumération m’épuise et me fait rire dans la barbe que je n’ai pas encore. J’ai de l’empathie pour cette fougueuse qui a cru si longtemps que ce que l’on aime ne nous fatigue pas.

Jardin« L’automne raconte à la terre les feuilles qu’elle a prêtées à l’été. » Une petite phrase pleine de simplicité, de justesse, prise sur un calendrier. Voilà pourquoi j’aime tant la terre et les gestes de jardinière. Le passage des saisons, prendre soin du jardin, regarder les plantes, tout cela m’enseigne le rythme juste et une sagesse simple et ancienne, enracinée dans de vieux adages populaires; « On ne tire pas sur les carottes pour qu’elles poussent ou on ne force pas une jument à boire ». Ces vieux adages me rappellent que tout vient à point et que les choses n’arrivent pas seulement par la force de la volonté ou de l’effort. Il m’arrive encore de l’oublier lorsque je me prends à vouloir suivre tous mes élans.

Depuis quelques années, la vie m’appelle sur l’autre versant. Le temps de l’Est, du soleil levant, des projets sans cesse naissants, le temps du Sud, de l’intensité du soleil de midi, bear-womandu feu qui embrase, enflamme, sont derrière moi. Me voilà à l’Ouest, au soleil couchant, dans l’énergie de l’ours, qui mijote ses projets à l’intérieur de la caverne, au creux. Ours me convie de nouveau à la descente tranquille, à me déposer sur tout ce que je suis. L’intensité ne vient plus du dehors, elle frappe doucement à ma porte. J’ouvre et descends de nouveau et y retourne pour y retrouver des trésors nommés acceptation, ouverture, accueil de ce que je suis et de ce qui est, lâcher-prise, paix et joie profonde…

Ce qui est magnifique, c’est que ce passage a été initié par une douleur à l’épaule droite qui demandait mon attention depuis deux ans, douleur que je soignais par l’acupuncture, l’ostéopathie, l’huile de millepertuis, etcétéra, mais sans m’en guérir. Or, en lui donnant l’attention qu’elle demandait, en observant, accueillant cette douleur sans jugement, avec ouverture et amour, j’ai reçu le cadeau et l’enseignement qui m’attendaient. Tomber dans le vide les yeux grands ouverts, disent les maîtres. La position du témoin, mille fois apprise, jamais acquise.

Baisser les bras, baisser le bras, le droit, celui relié à l’action, celui qui tranche, tient l’épée, mène les combats, porte petits et grands, voit à la concrétisation, la réalisation, au dépassement. Regarder attentivement l’action et tout ce qui se trouve derrière, le besoin de reconnaissance, d’être vue, entendue et ressentir profondément que ce temps est révolu, que ce désir, cette soif tournée vers l’extérieur n’a plus de sens. Le spectacle est terminé, un des personnages se meurt, entracte, passage obligé si l’on veut assister à la fin de la pièce. Le corps est un grand maître, exigeant certes, mais un maître riche d’enseignement.

Dans chacune de nos blessures se trouve un cadeau, parole de guérisseuse. Derrière cette battante, cette femme d’action se trouve l’éveilleuse, la guérisseuse, l’attentive, la juste. Au cœur des deux, se conjuguent et s’allient force et sensibilité. Une sensibilité avec laquelle je suis à faire la paix, véritablement, reconnaissant dans tant d’aspects de ce que je suis, son apport et sa contribution inestimable. C’est à travers elle que je me suis construite, que j’ai contacté et développé mon humanité, mon désir de tisser des liens vrais et authentiques avec ce qui vit sur cette terre. C’est avec et à partir de cette sensibilité, que j’ai trop souvent jugé fragile, que j’ai bâti une organisation et une équipe qui misent et valorisent, au quotidien, la force et les ressources des personnes et des communautés plutôt que leurs manques. C’est elle qui m’a amenée à tomber dans les fleurs, à entendre leur appel, à toucher leur beauté et leur unicité. Toute l’attention et la présence aux enfants et aux petits me viennent d’elle. Cette sensibilité me permet de reconnaître, de valoriser et de soutenir celle des aidants qui s’en servent au quotidien pour contacter l’humanité de chacun. Humanité que nous partageons tous, oubliant trop souvent que nous sommes
tous reliés de par notre condition humaine.

Il y a en nous plusieurs facettes, tel un diamant. Le passage du temps, l’attention, l’acceptation, le rythme juste permettent à chacunes d’elles de se révéler et de mettre en lumière ce qui se tenait dans l’ombre attendant la fissure pour apparaître…

MR/2012

 

 

 

5 réflexions au sujet de « Le rythme juste! »

    1. Manon Rousseau Auteur de l’article

      On se reconnait dans le miroir que sont les autres. Heureuse d’être un miroir pour toi. Tout mon amour!

  1. eve

    Au gré de la vie, même en prime jeunesse, quelque passages nous oblige parfois à entrer dans la caverne de l’ours à l’Ouest ; perfectionnisme, comparaison, responsabilités, monoparentalité, désillusions,= ect ect etc, exigent,….. soutenus par les croyances qu’il faut tout cultiver et réussir dans le jardin de nos désirs, nos espérances . Ainsi la fougue de l’est et du sud sont momentanément tari et pour ma part le découragement et la fatique soutenu par la croyance qu’à cet âge il n’est pas normal de se sentir ainsi, m’ont fait alimenter la conviction que jamais cette source ne rejaillira de nouveau …… Et pourtant l’expérience m’a prouvé le contraire, comme les saisons partent et reviennent ns avons besoins d’hiberner parfois pour refaire less forces qui ns permettront d’ accueillir le printemps qui revient toujours.!!!!!! Sinon ns risquons de ns en terrer dans l’idée que rien n’ira plus jamais……….L’ouest redonne force et espoir……. Alors petites jeunesses oui vs pouvez avoir des passages à vide n’habandonnez pas, acceptez les, entrer dans vos failles tout de suite…….. la chaude chaleur du sud rejaillira de vos âmes sages!!!!!…. Commme quoi l’attitude est plus

    Répondre
    1. Denyse

      Manon… Bonjour …Ce matin, ma journée a débutée par cette lecture tellement rafraichissante…
      Merci de partager toute cette sagesse… Cela nourrie mon äme… On se rencontre…
      Bonne journée à toi…

    2. Manon Rousseau Auteur de l’article

      Heureuse que cela te rejoigne, c’est un tel bonheur pour moi que de plonger dans mes profondeurs pour vous rejoindre…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.