Ne crains pas, une expérience et un souhait…

Parfois je me demande par quelle grâce je suis habitée pour ressentir autant de paix et de joie dans ma vie, telle quelle est?

Bien sûr, tout comme vous, j’ai vécu la pandémie et l’ennui de ceux que je chéris, mais elle m’a offert mille occasions de me déposer et de ralentir et cela fut vraiment bon. Elle nous a permis collectivement de nous mettre sur pause et de regarder ce qui doit se transformer en nous et autour de nous. Elle a permis aux animaux et aux autos de reprendre une juste place et à tant d’autres choses encore que j’ai entendu dans vos échos, à vous lire et vous écouter.

Bien sûr, nous ne pouvons plus collectivement nous réfugier dans une insouciance aveugle et personnellement, je crois que c’est tant mieux puisqu’il est temps de faire autrement. Comme le dit Jean Grou, un homme de foi, « La vie, comme nous l’a rappelé 2020 est faite d’imprévus, d’arrachements, de renoncements, de chutes et de deuils. Parfois ça frappe fort et plus longtemps que d’habitude, mais ça fait partie de la réalité ». J’ajouterais que ça fait partie de la vie, de la mienne en tout cas, et semble t’il de la vôtre aussi, qui n’est pas un long fleuve tranquille. Je pense à ma belle-sœur et sa famille qui viennent de perdre un mari, un père, un grand-père durant ce temps des fêtes, et ce, en quelques semaines à peine. Je suis si touchée par l’amour et l’agileté qu’ils ont déployés pour qu’il puisse vivre ses derniers moments dans sa maison bien-aimée, entouré de la tendresse et de l’affection de ceux qui le chérissait.

Bien sûr, je me suis retrouvée d’urgence chez le dentiste pour me faire enlever une dent qui avait cassée et s’était infectée et j’ai dû prendre des antibiotiques pour soulager une douleur d’une grande intensité. Cependant, j’ai été prise d’une profonde gratitude envers ce vieux dentiste bienveillant qui m’a rassuré tout au long de l’intervention d’un ton doux et affectueux. Par la suite, j’ai souvent pensé aux conditions horribles d’un temps pas si lointain, où des gens se faisaient extraire une dent avec des pinces et étaient au prise avec une infection qui dégénérait et j’étais emplie d’une profonde reconnaissance pour ma vie et toutes les facilités qui me sont accordées.

Bien sûr, dans la même journée, j’ai marché dans la beauté et terminé l’année en pleurant bien emmitouflé dans ma doudou en écoutant « En direct de l’univers ». J’ai été touchée jusqu’à l’âme par ces chants, cette poésie de chez nous et par cette volonté et générosité que nous avons de nous offrir des cadeaux dans les moments difficiles. En ce dernier soir de l’année, sans tambours ni trompettes, j’ai été au lit, satisfaite de cette pleine lune et des larmes versées. Je pleure plus rarement en vieillissant et cela m’a fait le plus grand bien.

Bien sûr, il me reste des peurs, qui reviennent me faire des coucous de temps en temps, mais en les accueillant, je peux voir de quelles blessures, peines ou croyances erronées elles me parlent et ainsi y mettre de la douceur, de la paix et les laisser aller.

La foi qui m’habite et que je nourris de prières, de chants, de rituels, de lectures, de discussions, de questionnements, m’apporte bien plus que je ne l’aurais cru. Je ne peux que témoigner en ce début d’année de tout ce que je récolte de confiance, d’abandon, de paix, d’amour et de joie profonde et être profondément reconnaissante de ce qui a été semé.

Bien sûr, cette plus grande sécurité intérieure ne m’épargne ni les doutes, ni les peurs, ni les souffrances et ne me donne pas de recettes toutes faites, cependant j’entre plus facilement dans cet endroit tranquille où dans un souffle imperceptible, je reçois « Ne crains pas ». Comme le dit si poétiquement Camus, je percois qu’au beau milieu de l’hiver existe en moi un invincible été.

Ce « Ne crains pas » est à la fois une expérience et un souhait. Dans la dernière décennie, j’ai eu le privilège de marcher le chemin accompagné de nombreux enfants, adolescents, jeunes adultes et j’en suis véritablement touchée et comblée. Cependant, devant le chemin qu’il leur reste à parcourir, devant la complexité des enjeux présents et à venir, je ne peux que souhaiter qu’ils aient le courage et la force de contribuer à améliorer ce monde, mais aussi et surtout qu’ils se sentent accompagner, soutenu et aimer tout au long de la route. Qu’ils puissent développer cette certitude que la poussière d’étoile qui tisse la trame de l’univers et se retrouve au cœur de notre ADN, les porte et les guide dans les épreuves et l’adversité. C’est ce que je souffle sur eux, sur vous et sur nous à l’aube de cette nouvelle décennie.

Manon Rousseau / 02 janvier 2021

 

 

 

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