Love, love, love!

Je viens de relire le texte immense de Christiane Singer, tiré de son dernier livre « Fragments d’un long voyage », où au seuil de la mort, après deux mois de souffrance indicible, elle dit ceci: «Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour ».

J’ose enfin écrire que j’y souscris, que cette phrase m’a rejointe en plein cœur la première fois que je l’ai reçue et sans cesse depuis, et ainsi assumer publiquement que pour moi la souffrance ait du sens. Or, nous vivons dans une société où la souffrance, la maladie est suspecte, une société qui occulte la mort et qui par conséquent, exclue la souffrance qui contient de nombreuses petites et grandes morts.

Or, pour ma plus grande chance, j’en ai fait l’expérience. La souffrance m’a varlopé en de nombreuses occasions, et ce pour mon plus grand bien. Je vous entends, j’entends l’écho de vos voix et de la mienne qui dit que je suis marquée par les enseignements judéo-chrétiens qui valorisent la souffrance et tralala lalère. Me vient qu’encore une fois, nous avons jeté le bébé avec l’eau du bain, s’il fut un temps où l’on élevait la souffrance pour préparer son ciel, aujourd’hui on la récuse pour n’y voir que les feux de l’enfer. C’est cela qui est judéo-chrétien, ne voir ce monde que sous l’angle de la dualité, alors que la réalité est ronde, englobante, qu’elle contient tout, que rien n’est que bien ou mal et que le bien naît parfois du mal et vice versa. De même, pas question pour moi de diaboliser le christianisme, je n’ai qu’à écouter le pape François quelques instants ou discuter avec le curé de ma paroisse, pour comprendre que l’ancien modèle dualiste se transforme lui aussi pour ne laisser la place qu’à l’amour, qui était le cœur du message.

Ainsi, à 33 ans, j’ai souffert d’une hernie discale, qui durant plus de 3 mois, m’a apporté une douleur lancinante et continue. De nuit comme de jour, couchée comme assise, je me disais qu’accoucher avait été trois fois rien comparé à cette douleur. Or, ce fut l’amorce de mes plus beaux moments de silence habité. Au début, j’ai fermé tous les écoutilles, maudit l’expérience, je me suis rebellée, victimisée, pourquoi mooooi me demandais-je? Or, au fil du temps, quelque chose à l’intérieur s’est déplacée ou replacée serait plus juste, j’ai plongé dans l’expérience et me suis mise à l’écoute avec tendresse et douceur. J’ai commencé à accueillir ce qui était et j’ai reçu des décharges d’amour, des perles de sagesse et une paix d’une profondeur inattendue. Je ne savais pas comment traduire cette expérience, je ne savais pas comment la raconter et dire que finalement je bénissais cette douleur qui m’avait ouvert à ces espaces insoupçonnés.

De même, à 50 ans, à l’aube de la ménopause, j’ai fait un burn-out qui m’a laissé presque un an retiré du monde. Or, ce grand feu est venu brûler le personnage de femme performante, tourné vers les autres, dont les actions avaient comme principal objectif de quémander de l’amour. Ce personnage, s’il n’avait pas été brûlé m’aurait tuée, j’en suis certaine. Il a laissé place à une femme plus lente, beaucoup plus douce et bienveillance, qui accueille, nourrit et bénit l’amour qui est en elle et autour d’elle et offre ce qui déborde. Plus important encore, lorsque le personnage de la performante réapparaît, j’ai immédiatement des signes de fatigue qui m’indiquent que je ne suis pas sur le bon chemin, le mien.

Cette semaine, une amie très chère à mon cœur est morte et nous l’avons veillée comme aux temps anciens où l’on veillait ceux qui traversent l’ultime passage. Un cercle de parents tout près d’elles qui l’accompagnaient et un cercle plus large autour des intimes. Ainsi, tous veillaient les uns sur les autres et sur elles, avec elles. Or, depuis que mon amie est partie, tout ce qu’elle est, tous ce que nous avons été et ce que nous sommes m’habitent. Je suis elle, elle est moi, nous sommes unies. La mort, c’est plein de vie, d’abandon, de tristesse, de joie, d’amour et je ne cherche pas à comprendre. C’est d’ailleurs l’un des plus grands cadeaux que cette femme d’exception m’a offert, ne pas
chercher à comprendre le mystère de vivre et de mourir, juste demeurer là à le contempler, à l’habiter. Chaque fois que j’accueille le mystère inhérent à toute vie, que je le chéris, l’amour vient immanquablement me visiter et me prendre dans ses bras. C’est simple, si simple!

Pourtant, chaque fois que je cherche des mots pour traduire ces expériences, ils sont souvent trop petits, ce qui ne veut pas dire que l’expérience n’est pas immense. Quiconque a accueilli dans ses bras un enfant naissant ou accompagner quelqu’un à son dernier souffle, sait de quoi je parle, le flot d’amour qui circule à cet instant précis, le sacré du moment nous laisse sans mots.

Alors, voilà j’offre cette chronique à Christiane Singer, à mon amie Amala si présente dans l’invisible, à ma très chère Paule, à tous ceux qui l’ont veillés dans les dernières semaines et qui ont soufflés sur mon cœur et le vôtre… Tout mon amour!

Manon Rousseau / Novembre 2017

 

 

 

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