Célébration pascale!

Je marchais sous la bruine ce matin, il faisait doux, je contemplais les jacinthes à peine écloses, les bourgeons gorgés de sève qui se préparent à nous éblouir de leur vert d’Irlande. J’avais la joie de Pâques au cœur, je ressentais le puissant pouvoir de la résurrection à l’œuvre en toutes choses… Partout, la vie renaissait de nouveau. Le printemps s’en faisait le témoin privilégié.

La fête de Pâques me fait de l’effet, je ne le dis pas trop fort, ne le crie pas sur les toits, car les
rituels catholiques n’ont pas très bonne presse par les temps qui courent. Le bouddhisme a certes une plus grande cote de popularité, il est prisé dans les chaumières et sur les réseaux sociaux, de même pour Osho et Mooji le sage indien compatissant. Justement, hier un ami FB mentionnait que c’était la fête de Bouddha, tout le monde commentait son post, le remerciant du rappel de leur essence, de leur nature profonde. Une autre, mentionnait qu’elle avait envie de faire le bien autour d’elle, quelqu’un lui a répondu qu’il avait envie d’entrer dans sa secte. Bien que je comprenne que les religions n’aient pas la cote, surtout la catholique qui est plus près de nous et par conséquent a laissé plus de blessures, je trouve tout de même que nous avons jeté le bébé avec l’eau du bain…

Bien sûr, les religions ont les mains couvertes de sang, même celles qui se trouvent à des milliers de kilomètres de nous et que nous voulons sans tache. J’ai vu un jour un reportage sur le moine « Rimpoché »,  qui faisait un retour au Bhoutan, il venait y baptiser des centaines d’enfants et comme il revenait des États-Unis, une bonne dizaine ont été nommés « Georges Bush » en son honneur. Il faisait le tour des monastères où des centaines de petits garçons étaient éduqués pour devenir moines et je me demandais où étaient les filles et s’il y avait aussi des abus au sein de ces abbayes?

Comprenez-moi, je ne cherche pas à diaboliser une religion au détriment d’une autre, au contraire, je cherche à faire ressortir qu’aucune n’est blanche comme neige ou noire comme l’encre. D’ailleurs, pourquoi en serait-il ainsi puisqu’elles ont été portées par des êtres humains, qui comme vous et moi étaient au prise avec leur part d’ombres et de lumières. Nous voulons des religions sans bavures et sans fautes, pures et sans souillures. Pourtant, elles sont le reflet de ce que nous sommes et de ce que nous avons été collectivement. Elles, je devrais dire ils, ont appuyé l’avidité, le pouvoir, créé des guerres, des génocides, des fratricides, tué des millions de femmes, tenté d’éradiquer des savoirs.  Aujourd’hui, en Occident, elles en paient le prix, puisque le proverbe qui dit « que l’on récolte ce que l’on sème » s’applique à toutes choses.

Cependant, il m’apparaît qu’à l’instar des êtres humains, les religions changent et se renouvèlent, qu’elles sont aussi en mouvance et en profonde transformation. Ainsi,  Développement et Paix, le mouvement de solidarité qui est sous l’égide de l’église a fait toute sa campagne autour des femmes et de leur pouvoir à transformer les communautés où elles interviennent, nous invitant à les soutenir pour changer les lois et les coutumes qui maintiennent les femmes en infériorité. Le prêtre de la paroisse où je demeure a été de ceux qui ont fondé le premier CLSC à Pointe Saint-Charles, il a lutté toute sa vie pour les ouvriers et pour plus de justice sociale. Le pape François a quitté le Vatican et demeure dans un minuscule appartement pour être en cohérence avec le message du Christ et que dire des écrits de Saint-François qui sont parmi les plus beaux poèmes en hommage à la terre mère. Bien sûr, tout n’est pas parfait, et pourquoi faudrait-il que ce le soit pour que nous puissions participer et bénéficier des fruits du message transportés au-delà du temps ?

Car s’il y a eu le pire, je ne peux évacuer le meilleur. Bien que je sois une femme, une herboriste, sourcière et que j’ai porté longtemps en moi les séquelles de la peur et de la haine des femmes, institutionnalisées et instrumentalisées durant des siècles, j’ai aussi eu accès au travers des chants, des psaumes, des récits qui ont traversé le temps, à des moments de grâce, de communion où je me suis délectée du délice de me sentir aimer gratuitement, complètement, totalement. Et plus  je me laisse aimer, plus je deviens l’amour.

Au fond, c’est tout simple, plus j’accueille l’être complexe, parfaitement imparfaite, pleine de dualité que je suis et plus j’accepte qu’il en soit ainsi dans tous les systèmes mis en place par l’homme. Voilà pourquoi, aussi imparfaite que soient nos démocraties, nos systèmes, nos organisations publiques, politiques et religieuses, je ne peux que mettre la main à la pâte pour tenter d’y apporter plus d’humanité, de justice, d’égalité et au final d’amour.

Ressusciter, c’est naître de nouveau, renaître à soi, renaître de ses cendres, brûlé au feu de l’amour. Somme toute, c’est ce qui explique que je souscrive à la résurrection, j’en reconnais le processus, l’ayant maintes fois expérimenté et vu à l’œuvre depuis plus de 56 ans, en moi etautour de moi. Combien de fois ai-je touché, ou été touché par la peur, la débâcle intérieure, le deuil, la perte de sens, la désespérance? Combien de fois, nous ai-je vu les genoux fléchis, l’échine courbée, ployée sous le fardeau? Chaque fois, je nous ai vus nous relever, retrouvé l’espérance, la joie, le bonheur d’être en vie avec encore plus d’acuité. La lumière est d’autant plus étincelante après la traversée de l’obscurité. Pas besoin de grandes tragédies pour savourer ce que nous avons perdus, simplement être en mesure de prendre une longue marche après un mal de dos, me ravit complètement.

Voilà, c’était mon humble contribution pascale, susciter  par un moment d’embrasement vécu ce matin en la superbe église de Ste-Rose. J’y ai eu droit à un concert gratuit où Leonard Cohen et Jésus s’étaient donnés rendez-vous, chanté par une chorale où s’entremêlait des dizaines de voix auxquels se sont joints violon, piano, flûte traversière et tralala… Divin!

Hallelujah, asta la vista, ou quoi que ce soit, sachez mes amis que même si je ne partage pas toutes vos croyances, j’honore toutes vos expériences.

Manon Rousseau / 16 avril 2017

 

 

Une réflexion au sujet de « Célébration pascale! »

  1. PIerre Vaillancourt

    Tu écris bien, Manon.

    Tu parles en quelque sorte, notamment, du pardon et de la réconciliation. Ce sont-là des gestes qui honorent ceux et celles qui les posent, des gestes qui nous font avancer vers la Paix, qu’elle soit intérieure, sociale ou planétaire. Bien sûr, pour que la réconciliation et le pardon prennent place, il faut d’abord que la Vérité soit dite.

    Je ne partage pas toutes tes croyances, moi non plus, mais j’honore tes expériences et tes réflexions !

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