Toux est parfait!

Toux est parfait!
« Ne recherchez pas, ne cherchez pas, ne demandez pas, ne frappez pas, n’exigez pas. Détendez-vous. Si vous vous détendez, il vient., Si vous vous détendez, cela est. Si vous vous détendez, vous commencez à vibrer avec cela. Osho »

J’ai été malade cette semaine, une bronchite ou une pneumonie, je ne le saurais le dire et ce n’est pas vraiment important, ce qui importe c’est le chemin marché durant cette semaine de guérison, car la maladie est pleine de guérison et pleine de mystère aussi. Comment se fait-il que cette toux, ce rhume se soit transformé et ait infecté tout mon système respiratoire, moi qui me nourrit et m’abreuve de tant de plantes et d’aliments qui donnent du tonus et de la force au système immunautaire et respiratoire? Est-ce en raison de cette faiblesse aux bronches que j’ai depuis toute petite ou de la peur qui m’habite lorsque je sens que malgré tous mes soins, que la plupart de mes rhumes dégénère? Tant de questions me viennent devant la maladie et la mort! Pourquoi cette jeune écrivaine et cinéaste qui a encore tant à dire, à écrire et à vivre, meurt-elle à 41 ans? Pourquoi cette naturopathe de presque mon âge, pleine de santé et de vitalité meurt-elle en quelques mois d’un cancer foudroyant? Je ne sais pas et pourtant, il y a en moi et autour de moi cette idée que nos pensées / émotions / peurs / doutes sont en grande partie à l’origine de nos maladies. J’y souscris, mais en même temps, Dieu que cela est limitant et culpabilisant. Non seulement, nous avons le cancer, le rhume, la grippe, la pneumonie, la sclérose en plaques, la rougeole ou les oreillons, mais nous portons l’infâme de nous l’avoir nous-mêmes donné. Nous vivons dans une société où la mort est occultée et où la maladie est devenue une faute, un travers. Je refuse de souscrire à cela, je ne comprends pas tout, mais dans mon cas cette responsabilité peut facilement se transformer en culpabilité. Ainsi, plutôt que de me laisser aller dans ce qui est et d’écouter tranquillement ce qui se passe en moi, je cherche des réponses qui me dépassent… À l’instar de Guy Corneau et de bien Toux est parfait!d’autres qui ont marché ce chemin avant moi, je crois que les causes sont multifactorielles et
que bien que nous ayons une responsabilité, la plus importante est d’accueillir, de dire oui, totalement à l’expérience quelle qu’elle soit.

Connaissez-vous l’histoire de ce roi, dont le serviteur disait en toutes circonstances « tout est parfait ». Or, un jour le roi se coupa au doigt et le serviteur de répondre « Sire, tout est parfait ». Excédé, le roi décida de jeter son serviteur au fond d’un puits, ce qu’il fit. Au retour, une tribu qui offrait aux dieux des hommes en sacrifice, captura le roi pour l’offrir aux dieux. Le roi allait être mis sur l’autel, quand après examen, il fut rejeté en raison de sa coupure au doigt. Cette tribu n’offrait que des hommes parfaits à leurs dieux. Le roi comprit ce qu’avait voulu dire son serviteur et alla le quérir au fond du puits. Il lui dit «si tout fut parfait pour moi, il n’en fût pas de même pour toi puisque je t’ai jeté au fond du puits » et le serviteur de répondre « Sire, si vous ne m’aviez pas jeté au fond du puits, j’aurais été capturé et offert aux dieux en sacrifice, par conséquent, tout est parfait».

presence« Il n’y a rien à trouver dans cette vie que le « oui » qui définitivement l’enflamme », dit Christian Bobin. Ainsi, durant cette semaine intense, je me suis promenée entre bienveillance, douceur, acceptation, confiance et désespérance, jugement et peurs. Pour finalement sans cesse revenir au centre et me déposer dans ce lieu tranquille où tout est OK. Tout cela en toussant, crachant, ressentant l’épuisement et la fatigue immense du corps qui se bat. J’ai dormi assise durant une semaine, respirer était une tâche qui me demandait effort et attention et prendre une douche relevait du défi olympique. Bref, j’ai été frappée par un gros microbe. Cependant, étonnamment je vais très bien. Ce retrait, cette maladie en début d’année a fait en sorte que je touche plus profondément ce que signifie la bienveillance, le non-jugement et la douceur à mon égard. De même, lorsque j’ai contacté la désespérance, j’ai appris avec encore plus d’acuité l’importance de choisir les bonnes bonnes personnes pour entendre et accueillir ce qui est, car rien n’est plus triste que d’aller là où l’accueil n’est pas possible…

Dans cet entre-deux monde qu’est la maladie, m’est venu un songe, une vision, un rêve éveillé, plus vrai que nature. Nouktouk est venue me visiter, elle était moi, j’étais elle. Elle est venue me raconter un bout d’histoire que je savais mienne. J’ai laissé défiler l’histoire sans entrave, captée, complètement happée par elle. Une jeune femme amérindienne marchait dans la neige, j’ai vu et senti son habit de cerf dont la fourrure brun claire me réchauffait la peau. Je portais sur mon épaule un enfant mort. Je l’ai reconnu, c’était Mathéo, mon petit-fils, mais qui, dans cette histoire, était mon fils. J’ai tout fait pour le sauver, cueilli les herbes, les sapinages, fait les décoctions, sans succès. Sa mort m’a apporté une tristesse et une impuissance immenses. J’aurais tant voulu le sauver. Il faisait froid et le froid et la peine s’engouffraient dans mes poumons, j’étouffais de peine et pleurais sans pouvoir m’arrêter. Je suis arrivée à la maison longue, j’ai déposé l’enfant et avec les femmes de la tribu, nous avons chanté une longue mélopée funèbre. Ce chant m’est revenu, j’en connaissais chaque parole et en ressentais chaque intonation dans mon corps. Dans ce songe, j’ai su qu’il était temps de laisser cet enfant, je l’ai remis à son père actuel, mon gendre, me disant qu’il avait tout ce qu’il fallait pour en prendre soin. Ainsi, j’ai laissé aller cet enfant et cette femme qui est venue me raconter une partie de son histoire, qui s’imbrique dans la mienne. Je conserve précieusement en cadeau sa mémoire d’herboriste et de soignante et je laisse aller ce qui ne m’est plus utile.

Pourquoi raconter cette histoire de maladie, de mort, de Toux est parfait!songe? Parce qu’elle le veut, elle insiste. Selon Henri Gougaud, les contes sont des êtres vivants. «Les peuples dits primitifs considéraient les contes comme des êtres vivants. Ils estimaient qu’ils étaient semblables à des oiseaux que seuls pouvaient voir ceux qui percevaient l’aù delà des apparences. Ils sont, disaient-ils, amenés par le vent dans les villages, et nichent dans les arbres comme de vrais oiseaux. Ils viennent parfois se percher sur la tête d’un homme, cet homme croit qu’il se souvient d’une histoire, mais non c’est l’histoire qui a faim d’être entendu.» 1

Ainsi écrire, c’est laisser les histoires se déployer et se faire un chemin en nous pour se rendre j’usqu’à vous. Écrire c’est traqué la part de mystères qui nous relie, c’est offrir l’intime qui rejoint l’universel. Parce que nous sommes reliés par notre condition humaine, par nos histoires, nos peurs, nos beautés, nos immensités, nos petitesses, nos ombres et nos lumières. C’est créer des ponts, ouvrir des chemins, tendre la main….

Le cadeau de cette semaine, mes intentions pour 2016 se sont précisées. Accueillir l’amour totalement, dans toutes mes cellules et dire OUI, un immense OUI avec la confiance que tout est parfait (y compris la toux). J’ai mis en terre toutes les graines, la récolte est et sera abondante. Ressentir profondément que tout est OK, que je suis OK, que la vie est OK et relaxer. Rien à faire, tout à être!

Quant à mes peurs qui reviennent me chatouiller, me titiller, me visiter, les accueillir elles aussi. Les prendre comme on prend les petits, sans jugement ni a priori, elles viennent me montrer ce qui a besoin d’attention, de confiance, d’amour et de guérison.

Manon Rousseau / janvier 2016

1 Renaître par les contes, petit traité de philosophie artisanale. Henri Gougaud, édition Carnets nord 2008

 

5 réflexions au sujet de « Toux est parfait! »

  1. Jean

    Quel article magnifique, chère Manon ! Il me semble appeler plusieurs commentaires…

    Le premier, c’est que les contes et les rêves sont tous deux en effet des êtres vivants. Ce songe, ce rêve éveillé, cette vision que tu nous partages ne réclame pas d’interprétation : il est direct, merveilleux. Il amène peut-être une explication à la faiblesse de tes bronches mais surtout il vient nourrir cette belle réflexion sur la maladie et la mort que tu nous communiques. Nous sommes morts tant de fois déjà, n’est-ce pas ? Pourquoi cela nous fait-il aussi peur ?

    Mon second commentaire, c’est un de mes propres rêves que je veux partager ici en écho, dans lequel il m’était simplement dit qu’à chaque maladie, c’était un peu du voile qui se soulève. Plus tard, j’ai trouvé une citation de Sri Aurobindo disant la même chose plus précisément : http://jubilarium.blogspot.ca/2014/10/le-secret-de-dieu.html

    Enfin, je m’insurge gentiment contre cette idée culpabilisante qui voudrait que nous soyons responsables de nos maladies. Pas nous le petit moi humain en tous cas. C’est un des pièges du New Age, une des confusions dramatique qui vient polluer le travail que permet la maladie, et qui est bien comme tu le dis si bien le travail de l’acceptation. Pour creuser cette question, je suggère la lecture d’un livre extraordinaire (mais attention, il faut avoir le cœur bien accroché) : « de grâce et de courage », de Ken Wilber. Il se lit comme un roman, c’est l’histoire d’amour et de mort de Treya, sa compagne, racontée avec une profondeur spirituelle inégalée : 3 semaines après qu’ils se soient rencontrés, ils décidaient de se marier. Mais lors de la visite pré-nuptiale, le médecin a détecté une petite boule dans le sein de Treya…

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    1. Manon Rousseau Auteur de l’article

      Tant de choses nous relie, mais ce qui est le plus merveilleux, fascinant et comblant de cette relation, c’est que tu amènes ta couleur, ta profondeur, tes sentis à chacune de mes réflexions, faisant écho à la mienne, approfondissant et en même temps nous approchant un peu plus du mystère. Cela m’est précieux. Sincèrement et tu me sais sincère!

    2. Manon Rousseau Auteur de l’article

      et je mets en exergue cette citation qui nous vient de ton blogue et dont tu nous parles. Perle de sagesse: Le secret de Dieu
      Toute maladie est un pas vers la guérison
      Tout mal et toute douleur une harmonisation
      Avec la nature vers le bien,
      Toute mort une ouverture vers l’immortalité.
      Pourquoi en est-il ainsi ?
      C’est le Secret de Dieu
      Que seules les âmes purifiées
      De l’égoïsme peuvent comprendre.

      Sri Aurobindo

  2. france amala

    quel texte magnifique inspirant et éclairant .
    oui le grand oui est la seule possibilité!
    tu cites Osho en début de texte ,il est ma grande inspiration
    et ça me rappelle le texte qu’il m’a envoyé il y a 33 ans au moment ou je suis devenue sa disciple
     »Just say yes ,a total Yes, an absolute yes to what ever life brings to you ,with gratitude. »
    et je n’ai compris le  »what ever » qu’au moment ou j’ai reçu un diagnostic de cancer du sein…
    et le grand OUI m’accompagne toujours
    pour ce qui est de la responsabilité comme toi je ressens qu’elle est multifactorielle
    et puis le corps de souffrance dont parle Eckart Tollé n’est pas individuel
    et parfois je me dis que nos maladies sont là pour en soulager d’autres …
    ce ressenti m’amène à offrir certaines souffrances …pour qu’elles ne soient pas inutiles
    et curieusement ça soulage mon âme et dissous le sentiment de culpabilité que je porte devant tous les malheurs qui me laisse impuissante
    merci encore Chère Manon pour ce beau texte
    avec tendresse
    amalalala

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    1. Manon Rousseau Auteur de l’article

      Je suis si pleine de gratitude d’avoir des amies qui enrichissent ma vie, mes textes, réflexions. Merci pour tout Amalalala!

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