Tous les chemins mènent à soi…

« La pure joie d’exister sans mission et sans mandat, vient nous prendre pour nous apaiser et nous guérir .» Guy Corneau

Printemps 2012, j’écoute pousser les toutes nouvelles feuilles des arbres qui deviennent d’un vert tendre beauté. Elles m’émeuvent, tant de choses m’émeuvent et m’émerveillent, c’est une des bénédiction offerte à ceux qui portent une grande sensibilité. Il faut bien qu’il y en est, être sensible à toutes choses comporte son lot de grâce et d’écueil. Je relis des histoires que j’ai conservées en prévision d’un temps où j’aurais le temps. Il est venu, c’est maintenant. Je relis donc une histoire qui m’a fait rire jaune la première fois que je l’ai lue. Peut-être la connaissez-vous? C’est l’histoire d’un singe qui cherche des noix à l’intérieur d’un arbre. Pour les prendre, il doit entrer sa main dans un trou. Or, avec une noix dans la main, il ne peut plus la retirer du trou et se retrouve donc prisonnier de l’arbre. Pour retrouver sa liberté, il doit donc lâcher sa prise. Lâcher-prise pour être libre.

J’ai aussi dû lâcher une noix que je tenais fermement dans ma main. Encore, une fois, c’est mon corps qui a lâché prise en premier. C’est en grande partie le lot de la jeunesse que de croire que le corps soit éternel, en ce sens la mienne s’étire… J’étais donc dans un tourbillon pas déplaisant du tout. Tout plein de projets qui faisaient appel à mes dons, mes passions, mes ambitions, qui donnaient du sens à ma vie, à une partie de ma vie, devrais-je dire. Force est de constater, que je vis encore avec la pensée magique, que je peux tout faire à condition que ce soit des choses que j’aime, mais, en vieillissant, je m’aperçois que la vie est un grand buffet à volonté et que par conséquent, je dois avoir la sagesse de bien choisir ce dont je vais me nourrir.

Me voici donc depuis quelques semaines, avec le cœur qui palpite, des douleurs à l’épaule et au bras droit (tiens donc, celui qui fait, 10891664_10152860371185865_3390811979110691595_nqui met en action) et au bord de l’épuisement physique et mentale. Mon menu de guérison: Être, exister sans tous les devoirs inhérents au faire.

Je dors, je médite, je jardine (pas trop), je fais des bouquets magnifiques qui embaument ma maison et mon âme, je lis, je respire, je me soigne. Je me retiens dans mes grands élans, mon corps fatigué m’aide en m’obligeant à plus de retenue. Or, l’énergie me revient avec en prime la joie profonde de ce que je suis lorsque le mouvement diminue.

Dans ce moment de retrait, je vois bien comment je suis programmée pour faire et comment les sollicitations ne manquent pas dans ma vie. Mère, grand-mère, travailleuse, écriveuse, bélier ouvreuse de chemins, femme active, pleine d’énergie et de projets, avec en prime, un désir de plaire, de répondre à la demande et le sens du devoir. Une combinaison parfaite pour dépasser mes limites, une combinaison qui me demande de plus en plus d’attention et de présence pour ne pas me disperser et pour entendre l’appel silencieux, au creux de moi, qui cherche à être tout simplement…

J’ai longtemps cru que cet état de fatigue lorsqu’elle se présente, vient du fait que mes projets n’étaient pas assez nourrissants ou satisfaisants, mais aujourd’hui, il m’apparaît qu’au-delà des projets à soustraire ou à ajouter, il y a un besoin encore plus grand, soit citationcelui de vivre tout simplement. De suivre au quotidien les appels qui montent spontanément comme la sève du printemps. Car c’est la vie et sa beauté qui nous interpellent à travers la maladie, ce n’est pas la mort (1).

J’ai la chance de pouvoir m’arrêter pour écouter cet appel et je suis heureuse d’y consentir, d’accepter d’aller là où se trouve une source de joie et de paix inaltérable, qui attend que je me désaltère…

J’aimerais me promettre que c’est la dernière fois que je me rends dans cet état, que cette fois est la bonne, que je saurai mettre les freins avant, que j’aurai la sagesse de m’arrêter plus souvent, chaque jour, pour être tout simplement et nourrir la joie qui se trouve dans le silence et l’arrêt du faire et du vouloir. Et ce qui me vient en terminant, c’est que je n’ai pas à m’inquiéter, car ni vous ni moi n’avons le choix, que nous le souhaitions ou pas, tous les chemins mènent à soi…

Sincèrement et vous me savez sincère!

MR/2012

 

(1) Revivre, Les éditions de l’homme. Guy Corneau

 

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