Le grand bonheur des petites choses

« Si la solution n’était pas de fuir le quotidien, mais de la regarder autrement pour découvrir, sous sa morne écume, des richesses insoupçonnées. » Jacques Le Goff

Est-ce l’âge, la capacité à me déposer, le regard que je pose sur toutes choses qui s’est transformé, toujours est-il que je ne m’ennuie plus et que la vie quotidienne me ravit. Tenter de fuir par la fête, l’alcool, la nourriture, le voyage et tous autres moyens de ne pas habiter l’instant, m’intéresse de moins en moins et pour tout dire me fatigue.

Ce n’est pas que j’en ai contre l’un ou l’autre, les voyages m’ont souvent regénérés, la nourriture est un cadeau et le bon vin m’enchante, cependant ils ont aussi servi à m’échapper de ma vie, pour la retrouver presque telle quelle une fois la diversion terminée. J’arrive d’une magnifique semaine de vacances, pleine de beauté, de nouveautés et d’amour et revenir dans ma cour me satisfait tout autant.

Ces temps-ci, je me remémore avec tendresse la jeune fille que j’étais, désireuse d’intensité, chérissant la fougue, l’emballement, tout ce qui me transportait. Inversement, ce qui me satisfait par les temps qui courent, est tissé de douceur, de lenteur et de tranquillité. La joie de lire dans mon fauteuil favori, de réussir une mayonnaise maison, de cueillir l’odorante et extravagante basilic, de fredonner en cueillant des fleurs dont la beauté enivre, d’être avec des gens aimés, de flâner,d’écrire, de marcher, d’aller voir les artisans au village, de faire une sieste l’après-midi en écoutant le vent dans les rideaux, d’être et de m’habiter. Quel luxe que d’avoir du temps, quelle richesse que de jouir de la simplicité, quel privilège inouï! La beauté en tout et partout, dans le vaste comme le petit, s’émouvoir tant du coucher de soleil sur le lac immense que de l’ail qui sèche au jardin.  Les petites choses n’ont l’air de rien, mais elles apportent la paix, écrivait Georges Bernanos.

Tout est dans la manière de regarder, de poser un regard sur ce qui nous entoure. Etty Hillesum, cette jeune juive internée par les nazis, trouvait la vie belle dans les camps de concentration. Je vis dans un pays de paix, entourée de beauté et d’amour (à chaque fois que je le choisis), il me semble tout aussi indécent de ne pas en ressentir de la gratitude et de la reconnaissance que de me complaire dans mes manques et mes déveines. Bien sûr, j’ai eu mal au dos, j’ai rejoué une énième fois un vieux scénario avec mon amoureux, j’ai jugé, je me suis plainte et cela aussi était parfait et riche de sens. J’aime tout autant l’ordinaire extraordinaire que la parfaite imperfection. En leur donnant mon attention sans les opposer, en accueillant ce qui est, je reçois le cadeau présent en chacun d’eux. J’ai écrit en 2015 que plus je fais les choses avec attention et présence, plus cette attention les sacralise (1). Je persiste et signe, il y a si peu d’écart entre le sacré et le profane et tant d’opportunités de maturation dans l’un comme dans l’autre.

Je me suis fait raconter de nouveau cette semaine, l’histoire de la transfiguration du Christ. J’ai toujours aimé ce récit qui rapporte que Jésus s’étant transfiguré et montré dans toute sa grâce et sa splendeur aux disciples qui l’accompagnaient, ceux-ci ne désiraient qu’une chose, soit de demeurer avec lui au sommet de la montagne pour ne plus redescendre. Je connais le feeling, combien de fois ai-je, dans des instants bénis et exaltants, souhaiter m’y agripper pour ne jamais redescendre. Par conséquent, j’apprécie infiniment en ce moment, d’éprouver autant de joie à trouver de fabuleux trésors en vagabondant sur des chemins de beauté, qu’à retourner à la maison pour m’y déposer et constater qu’ils sont en moi et tout autour de moi. N’est-ce pas tout l’art et le défi des héros et héroïnes que nous sommes, après avoir trouvé des trésors dans nos pèlerinages, les ramener avec soi, pour les vivre et les partager à nos communautés ?

Ainsi pendant cette période de vacances, que nous soyons au loin ou dans nos jardins, que nous faisions le plein de beauté, de temps, de douceur, de sacré, d’immensité, plutôt que de maudire le moment du retour au quotidien, enflammons-le de ce qui aura été récolter. Ou tout au moins, essayons! Un pas à la fois me suffit, disait Gandhi…

Manon Rousseau / août 2017

(1). http://www.manonrousseau.com/2015/06/quand-profane-et-sacre-se-rejoignent/

 

 

2 réflexions au sujet de « Le grand bonheur des petites choses »

  1. Julie

    Je suis allé vour du beau sur le route durant quelques semaines et depuus mon retour je savoure le bonheur du quotidien et j’ai une réelle impression d’être en vacance. Je cuisine, je marche et je me repose et cela est tout aussi, sinon plus satisfaisant. Un très bel article Manon.

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    1. Manon Rousseau Auteur de l’article

      Je crois que la capacité à se déposer vient avec le bonheur d’être avec soi. Je t’embrasse belle dame!

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