Conte des mille et une fleurs.

Inspirée du conte « Le porteur d’eau ». À partir de la trame de ce très vieux conte, je me suis amusée avec lui pour en arriver à cette version fleurie:

Cette histoire nous vient du temps de nos arrières, arrières, arrières, arrières grands-mères. Du temps où les grands-mères connaissaient le secret des fleurs et des cœurs.

Porteur d'eauIl était une fois un porteur d’eau dont le métier consistait à aller quérir de l’eau à la rivière pour abreuver les habitants du village. Pour se faire, il s’était fabriqué un outil, une longue perche de bois courbée au niveau du cou, qu’il suspendait sur ses épaules et au bout de laquelle il chargeait deux lourdes cruches. C’était un bien dur métier que celui de porteur d’eau.

Ainsi chargé de son barda, tous les matins que le bon Dieu faisait, de très bonne heure tandis que le village dormait encore, notre porteur d’eau commençait la longue descente qui le menait à la rivière. Car la rivière était toute en bas et le village tout en haut d’une longue côte.

Du lever au coucher du soleil, plusieurs fois par jour, il descendait à la rivière, déposait ses cruches par terre, les remplissait d’eau pure, les rechargeait sur ses épaules et commençait la longue remontée qui le menait vers le village.

Or, une de ses cruches était fêlée et perdait près de la moitié de son eau à chaque voyage. Un soir du mois d’août, après une rude journée de travail, alors qu’il était à la rivière à remplir ses cruches pour une dernière remontée, l’une de ses cruches, la fêlée, se mit à parler et lui dit: « Porteur d’eau, pourquoi me gardes-tu, je suis vieille et usée, par ma faute chaque jour tu perds de ton précieux chargement, tu travailles plus fort à cause de moi et tu perds de l’argent, quand donc comptes-tu te débarrasser de moi? »

Et le porteur d’eau de lui répondre: « Vois-tu cette allée de fleurs qui bordent le chemin de la rivière jusqu’en haut de la côte? Et bien vois-tu, au printemps, j’ai creusé cette allée de mes mains nues dans la terre froide et j’y ai déposé des graines de toutes sortes ainsi que tout mon espoir. Et toi depuis, à chacun de nos voyages, à chaque remontée, tu les arroses.  Vois-tu aujourd’hui la beauté de cette allée. Tout cela, c’est en grande partie grâce à toi ».

fleurEt le porteur d’eau lui parla de la beauté des lupins qui dansent dans le petit matin, des pavots et du millepertuis qui brillent dans le soleil de midi, de l’odeur suave et enivrante des roses, de la lavande et des petites violettes après la pluie. Il lui parla du chant des oiseaux cachés dans les buissons et lui raconta les oiseaux-mouches et les papillons qui se nourrissent à même le cœur des fleurs. Il lui dit le bourdonnement et la ronde des abeilles. Et quand il lui raconta tout cela, dans ses yeux la beauté dansait…

Il lui rappela que les grands-mères venaient souvent se promener tout au long de cette allée, pour quérir les plantes dont elles avaient besoin et que chemin faisant, elles le mettaient au courant des dernières nouvelles du village. Et qu’à cause de cela, il s’était senti bien moins seul et malheureux. Il lui dit enfin que cette allée de fleurs lui avait donné des ailes aux pieds lorsqu’il remontait la longue et pénible côte. Et pour tout cela, il la remercia.

Il est dit que le porteur d’eau ne se défie jamais de sa cruche et que les grands-mères qui connaissent les secrets des fleurs et des cœurs savent bien que dans chacune de nos fêlures se trouve un cadeau.

MR/2010

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